École Freudienne

Psychanalyse et éthologie

Gérald Racadot, 27 Mars 2015

Le refoulement organique de Freud concernant l’odorat qualifie l’humain en tant que l’instinct, du fait du langage, n’opère plus dans l’organisme et nous sommes dans le domaine du désir et de la pulsion. L’homme va ainsi quitter sa niche écologique poussé par son désir et son insatisfaction pour aller toujours plus loin, même là où il est beaucoup moins bien, dans des lieux parfois arides. La prématurité de la naissance sera l’instrument de cette prise du langage sur l’organisme. Lacan est bien là dans le sillon de Freud. Et l’homme a changé de monde et la Lune est devenue un astre.

L’animal

L’animal vit dans une aire géographique définie parfois très vaste mais toujours limitée. S’il s’agit d’un animal migrateur il aura une aire pour la saison froide et une aire pour la saison chaude. Cette aire est pour l’animal le lieu le plus favorable pour que l’espèce dont il fait partie y trouve de la nourriture et puisse s’y reproduire. Si la reproduction est sexuée il y trouve son partenaire sexuel. Il ne quitte pas le lieu qui est le plus favorable à son espèce.il trouve sa nourriture et son partenaire sexuel par le biais de l’odorat et des traces odorantes qui guident son instinct .l’instinct sexuel étant au service de l’espèce, c’est le mâle le plus vigoureux qui saillit la plupart des femelles, transmet son ADN, voire dévore la progéniture des autres mâles. Les grands singes et les premiers hominidés n’échappent pas à cette règle du lieu qui est le plus favorable à l’espèce. Ce lieu concerne la flore, la faune, le climat environnant et ils y demeurent.

Le Refoulement organique

Pour Freud l’odorat perd son rôle dans la vectorisation de l’instinct. La station debout permet à la vue de découvrir et remarquer la différence sexuelle ouvrant au regard le champ ultérieur de la curiosité et de la pudeur. Cet éloignement du sol met les odeurs à distance et les structures neurologiques olfactives vont s’atrophier chez l’homme.
De ce fait le partenaire sexuel ne sera plus automatiquement rencontré et comme le soulignait Solange Faladé, si d’instinct le coquelet, une fois devenu grand, saura se comporter quand une poule passera à sa portée, chez le petit d’homme, du fait du langage, il n’en sera pas de même. L’objet qui satisfait le besoin est perdu, l’instinct est perdu, le savoir qui va avec lui également d’où l’errance inhérente à la condition humaine.
Avec la perte de l’instinct, une place est vide permettant l’émergence des signifiants du langage qui viendront s’y loger. Autour de ce vide, l’Un de chaque signifiant viendra écrire un trait s’offrant à la lecture d’un sujet. L’homme paléolithique inscrit sur son os la marque de l’effacement de sa jouissance pour ne plus laisser qu’une trace mnésique, que l’Un d’un trait, semblable et pure différence du trait suivant, véritable lettre.

La Prématurité de la naissance

Le petit humain nait avec un cerveau qui n’est pas terminé. Jusqu’à l’âge de deux ans il aura parfois dans certains domaines, notamment oculomoteurs, des résultats inférieurs à ceux du petit du singe. Le cerveau du nouveau-né humain n’est pas mature, le seul instinct est la succion. Ceci explique que le langage va pouvoir prendre effet sur son organisme.

Discussion

Quittant le monde du besoin toujours satisfait dans sa niche écologique l’animal humain du fait du langage et de cette prématurité tombe dans le monde du désir insatisfait en son essence ; un désir satisfait n’existe plus il faut en trouver un autre. Du fait de la perte de l’odorat l’objet qui satisfait le besoin est perdu, l’objet perdu ne peut plus être que désiré et notamment ailleurs. Le désir sexuel sera celui d’un sujet et ne sera plus au service de l’espèce.
Poussé par ce désir l’homme avec son errance va aller toujours plus loin à la recherche de l’objet perdu. Sa curiosité trouve là son origine.
On peut donc penser qu’Homo habilis qui n’a pas quitté sa niche écologique au niveau de son aire était un hominidé intelligent resté dans la satisfaction du besoin. En effet on ne le retrouve que dans une aire d’une partie de l’Afrique. Même s’il marchait debout sur deux pattes, même s’il fabriquait des outils frustres des mono faces taillés encore appelés chopper même s’il parlait et construisait des abris, il était dans l’instinct et bien qu’ayant la parole (une parole simple), il n’avait encore pas le langage. Ce langage n’avait de surcroît pas façonné son organisme. Le langage est fait de règles de grammaire, d’un code, d’un trésor de signifiants, d’un discours qui préexiste à la venue d’un nouveau-né humain.
Homo erectus, à la différence du précédent quitte sa niche écologique à la recherche de l’objet perdu poussé par son insatisfaction qui va créer sa curiosité. Il s’en va dans les endroits parfois les plus inhospitaliers. Homo sapiens fera encore mieux il ira sur la lune, endroit le plus inhospitalier pour y satisfaire ce que homo habilis réussissait très bien dans sa niche écologique. C’est un homme. Avant Homo erectus et Homo sapiens, il semblerait qu’un autre homme, Homo ergaster, était déjà parti à l’aventure depuis l’Afrique vers le monde.

Conclusion

Les anthropologues auraient là un outil simple pour distinguer un homme d’un hominidé. Si le squelette retrouvé est semblable ou voisin d’autres retrouvés sur l’ensemble du globe c’est un homme, si le squelette retrouvé est semblable ou voisin d’autres retrouvés seulement dans une aire géographique limitée c’est un hominidé. Seul Neandertal représente une exception mais c’est un homme très moderne. Seul à ne pas être originaire d’Afrique, il ne part pas de ce lieu à la découverte du monde ; Il évolue localement sans doute à partir d’Homo erectus avant de disparaitre.
Refoulement organique et prématurité de la naissance restent des notions fécondes bien que rarement évoquées chez les psychanalystes.