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Solange Faladé, Sur la race, mai 1994

En Avril 1994, Solange Faladé avait interrompu le fil de son séminaire « Autour de la Chose » pour évoquer la situation politique en Afrique du Sud. Après vingt-sept années d’emprisonnement dans des conditions souvent très dures, Nelson Mandela fut libéré en 1990 après plus de quarante ans de lutte contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale que celle-ci menait. S’engagea alors une longue suite de négociations constitutionnelles avec le gouvernement du Président Frederik De Klerk, de mai 1990 à mars 1994, qui aboutirent à des accords permettant la création d’un Etat multiracial et démocratique. Loin de s’en tenir à une seule considération historique sur l’évènement dans le continent qui l’avait vu naître, Madame Faladé, interpellée par cette « leçon au monde » que venaient de donner Mandela et De Klerk, développa des considérations sur la haine et la race, distinguant l’identification au même de la reconnaissance du semblable. Dans les années qui suivirent, à partir de ce qui se passa entre ces deux « sujets de la science politique » ou des récits de Mandela sur le lien à son geôlier, James Gregory, Solange Faladé revint à plusieurs reprises (dans son intervention à Fort-de-France en 1995, à Nantes en 1997, aux journées de Ouistreham en 1998...) sur ce que la psychanalyse vient éclairer du politique et sur la question de la race. Pour ce que ce thème du racisme conserve d’actualité politique sur un plan national et international, nous reproduisons ici un extrait de ce qu’elle avait transmis le 24 mai 1994 :

Revenons-en toujours à cet État multiracial. Si on prend les blancs de cet État, on ne peut pas dire qu’ils sont tous de la même race, les partis politiques sont là pour en faire savoir quelque chose, si on prend ceux de race noire, on ne peut pas non plus dire qu’ils sont tous de même race, si on accepte ce que Lacan nous dit à propos de la race, que ça n’a rien à voir avec ce que l’anthropologie, la biologie, tout ce que l’on veut… essaient de mettre en place, ce n’est pas ça qui fait la race. Parce qu’autrement, on se demande pourquoi à ce moment-là, parmi les sémites, il y aurait cette guerre, on pourrait reprendre bien des points de l’histoire de l’humanité, c’est que ce n’est pas le même discours qui soutient chaque sujet, c’est à un point tel que, dans cet État multiracial, s’il y a des Noirs, s’il y a des Blancs, s’il y a des Hindous, s’il y a des … je crois qu’ils ont raison de dire multiracial parce que, justement, ce n’est pas autour de la couleur de peau qu’il y a race, c’est autour de ce qui est un discours qui fait que le sujet est à une certaine place et qui fait que, à cause de la tradition, on vit d’une certaine façon et non pas d’une autre façon, et de vouloir obliger celui qui jouit d’une certaine façon à jouir comme l’autre, à se présenter comme l’autre, c’est là que le racisme se fait.

Solange Faladé, leçon du 24 mai 1994, séminaire « Autour de la Chose », à paraître aux Editions Anthropos.